Pour parvenir à cette découverte de notre vraie nature (l’âtman, le Soi), concrètement, la tradition de l’Inde décrit habituellement quatre grandes voies :

Le Jnâna yoga est la voie de la connaissance. Au delà d’une simple pratique intellectuelle, elle est fondée sur une capacité fine à discerner l’éphémère et l’éternel, l’irréel et le réel. Ce discernement nous permet de découvrir le réel en nous, notre vraie nature, le Soi (âtman), en lâchant le changeant, l’apparence, l’identification à l’ego limité.

Le Karma yoga est la voie de l’action. Telle que développée dans la Bhagavad Gita, elle implique le non-attachement aux fruits de l’action. Elle comprend souvent des activités caritatives ou de service désintéressé. Le Karma Yoga permet l’ouverture et la purification du cœur, qui peut alors contenir peu à peu le monde entier et devient donc illimité et sans séparation ou notion de ‘moi’ et ‘l’autre’.

Le Bhakti yoga est la voie de la dévotion et de l’amour pour Dieu, pour sa divinité d’élection (Ishta Devata), qui peut être le maître spirituel. Il s’agit alors de purifier ‘l’amour’ de départ, (relatif, conditionnel, l’amour-attachement, dépendant…) dans le feu de la dévotion et de la foi, pour parvenir à l’Amour inconditionnel, libre, qui est notre vraie nature.

Le Raja Yoga, aux huit membres, avec la pratique des asanas (postures) et du pranayama (attention au souffle) qui mène à la concentration, à la méditation, aux pouvoirs extraordinaires des yogis (les textes nous précisent que ce sont des obstacles si nous nous y attachons…) et à la transparence de l’ego qui nous permet alors de voir notre vraie nature.

Aucune de ces voies n’est exclusive et chaque parcours individuel est souvent une subtile combinaison des quatre chemins en accord avec les dispositions personnelles.

LA TRADITION DU MAîTRE SPIRITUEL

Le corpus de concepts et de pratiques d’une religion authentique n’est là que pour aider l’être humain à se libérer de ses conditionnements qui le maintiennent dans l’ignorance et la souffrance. Dans cette optique, les indiens accordent une importance prépondérante aux maîtres spirituels, arrivés eux-mêmes au ‘bout du chemin’, au ‘sommet de la montagne’ et qui sont, de part leur accomplissement, des guides aptes à élever le commun des humains. Un infini respect leur est témoigné, à l’instar de ce qui se fait dans les autres grandes traditions orientales parmi lesquelles l’Islam Soufi ou le Bouddhisme. Le Sage occupe donc une place centrale dans la tradition indienne. C’est lui qui va adapter les textes et les méthodes au contexte contemporain, tout en gardant l’essence des enseignements dans laquelle il est établi. Le 21ème siècle n’est pas le 5ème millénaire avant Jésus Christ…

Depuis les mythes de l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours, l’Inde fourmille de références à ces grands Grands Sages, aussi appelés Rishis, qui éclairent l’humanité. Au 19ème siècle, c’est sans doute la personnalité de Ramakrishna qui a le plus marqué l’Occident. Ce prêtre du temple de Dakshineswar, près de Calcutta, après avoir pratiqué l’Hindouisme, le Christianisme et l’Islam, a expérimenté directement l’unité des religions. Son célèbre disciple Swami Vivekananda fit connaître son enseignement en Occident, y compris parmi l’élite intellectuelle et artistique, à travers des séries de conférences. Son discours au Premier Parlement des Religions du Monde à Chicago, en 1893, reste un événement clé de l’histoire contemporaine indienne. Au 20ème siècle, d’autres Sages connurent une notoriété exceptionnelle, aussi bien en Inde qu’au sein du public occidental. Il s’agit entre autres de Swami Sivananda à Rishikesh, Ma Anandamayi à Bénarès, Ramana Maharshi à Tiruvanamalaï ou encore Swami Ramdas à Kanhangad. Si certains de ces Sages éminents sont issus de lignées spirituelles ou d’ordres monastiques, nombreux sont ceux qui ont connu un accomplissement spirituel hors de tout cadre institutionnel. Leur notoriété s’est bâtie spontanément au fur et à mesure que les foules venaient à leur rencontre.

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