Les Rituels

LES RITUELS

Conférence du jeudi 9 mars 2017 à Paris donnée par Michaël Leboeuf

Les rituels dans l’hindouisme sont nombreux et variés. Ils peuvent être des offrandes, des purifications, la récitation de mantras ou de prières. Les principaux et les plus connus sont le yajña et la puja.

Le Yajña, rituel de transformation et renaissance

Le yajña est le rituel védique majeur le plus ancien. Il a pour but la protection et la croissance intérieure et extérieure de l’individu et de la société. Yajña signifie littéralement sacrifice, dévotion, vénération. Le yajña consiste en une offrande au feu sacré de diverses substances comme le bois, le ghee, le lait et le riz, accompagnée de la récitation des hymnes védiques.
Pourquoi une oblation au feu ?
Le feu est l’élément qui relie tous les éléments de la création, il est présent partout. Selon les Rishis de l’Inde ancienne, Agni, la déité du feu, est le lien entre les plans physiques et les plans supérieurs de lumière. Nous lui offrons symboliquement tout ce que nous possédons ; le feu divin nous rend alors ce dont nous avons besoin sous une forme pure et renouvelée. Il s’agit donc d’une offrande pour une renaissance.
Pourquoi offre-t-on les mantras védiques au cours du yajña ?
Selon Srī Tathāta, « La fonction essentielle des hymnes et mantras védiques est de nous aider à trouver notre propre divinité. La divinité est présente dans chaque être, mais de façon non manifestée, non encore épanouie. Les mantras védiques constituent des schémas sonores capables d’éveiller et développer la divinité qui dort en nous et chaque mantra ou hymne a son propre schéma sonore, sa vibration particulière, sa puissance particulière qui invoque un aspect particulier de divinité dans l’individu.»
Le yajña est accompli avec un sankalpa, une intention de prière. Comment le rituel permet-il la réalisation de cette intention ?
Satya Saï Baba nous l’explique : « Les yajñas sont des actes purs, propices et sacrés. Au cours de l’accomplissement des yajñas, on utilise l’expression svāhā. Cette expression svāhā, utilisé pendant les oblations est pleine de signification.

On lui attribue généralement le sens suivant : « Puissent ces matériaux que nous plaçons maintenant dans le feu sacré être entièrement acceptés et consumés, afin que par ce feu ils atteignent la déité à laquelle ils sont destinés. » Les Ecritures enseignent que tout être humain de même que toute entité possède un corps matériel et un corps divin invisible aux sens physiques. Une oblation qui est offerte au corps divin du feu est sanctifiée.

L’āhuti, l’acte d’offrir fait selon certaines règles, se transforme en havis, offrande à Agni, la déité du feu et, comme le décrit le Veda, l’offrande et celui qui offre, l’ātha et l’ādya, deviennent un. Lorsqu’on place des oblations dans Agni en récitant les formules cérémonielles appropriées avec le terme svāhā, il ne s’agit pas d’une simple verbalisation, mais d’une transmutation. La prière représentée par le rituel trouve son accomplissement. »

Cependant, le mot yajña ne doit pas être interprété dans un sens restrictif, il ne s’agit pas simplement du sacrifice au feu. Les Vedas décrivent la création du monde elle-même comme un immense yajña. En réalité, le yajña pourrait être défini comme une action accomplie avec une attitude juste, c’est-à-dire en harmonie avec les principes cosmiques. Srī Tathāta l’exprime ainsi : « Dans un yajña, il y n’a aucune place pour l’égoïsme, il y n’a pas trace de but personnel, il y n’a pas de personnalité égocentrique qui oeuvre : être dans l’esprit de yajña signifie agir sans subjectivité, être un instrument pur accomplissant quelque chose qui est nécessaire dans le cadre de la justesse cosmique. Avec cette attitude, chacune de nos actions peut devenir un yajña ! ».

L’offrande intérieure du verbe par les mantras, du souffle par le pranayama, et du mental par la méditation, à notre feu intérieur, et l’offrande de nourriture en conscience à notre feu digestif, sont des yajña que l’on pourrait qualifier d’internes. Ils conduisent à une renaissance, celle du vrai soi. De même, l’offrande externe au feu sacré purifie l’environnement et attire les forces divines. Dans la tradition védique, 5 grands sacrifices ou devoirs appelés pañcamahāyajña et mentionnés dans le Grhyasūtra (Kalpa), permettent d’avoir une vie harmonieuse et heureuse :

  • Rishi yajña : honorer les Rishis qui ont donné le Veda, suivre les principes du dharma comme eux-mêmes l’ont fait, réciter les hymnes qu’ils nous ont transmis. Gratitude envers ceux qui nous ont montré le chemin.
  • Deva yajña : honorer les Devas ou énergies spirituelles ; ceci se fait par la pratique spirituelle ou l’offrande au feu, mais aussi par la connexion en conscience avec le soleil, la terre, l’air, l’eau. Gratitude pour ceux qui ont permis la création.
  • Pitr yajña : Honorer les ancêtres et prendre soin des parents tant qu’ils sont en vie et au moment où ils quittent leur corps. Gratitude pour ceux qui nous ont permis d’avoir un corps.
  • Atithi ou Manushya yajña : honorer l’invité inattendu, celui qui demande une aide, et par extension les pauvres et les nécessiteux, ceux qui sont en souffrance. Attitude d’amour, de consolation, d’entraide.
  • Bhuta yajña : Honorer la nature, devoir de protection de la nature et de tous les êtres. Un yajña peut durer quelques minutes, ou plusieurs jours ou encore se dérouler sur des années.

Je vais vous parler de mon expérience de deux yajñas : l’agni hotra, une pratique védique quotidienne au feu sacré et ensuite d’un Mahayajña, un rituel d’une grande ampleur.

Présentation à l’assistance d’une courte vidéo de l’agni hotra filmé.
L’agni hotra est accompli par le chef de famille ou son épouse au lever et coucher du soleil. Il s’agit de verser du ghee au feu sacré au fur et à mesure que des prières sont récités séparément à Agni, Soma, Prajāpati, Indra et Sūrya. Le ghee est offert au feu en même temps que sont récités les mantras védiques qui portent en eux toute la force d’intention et de volonté de celui qui fait l’offrande. La grande affirmation qui accompagne l’offrande de ghee est la suivante : « J’éveille ma conscience intérieure profonde afin qu’elle coïncide avec Ta volonté divine ! Oh Seigneur, la conscience qui est cachée à l’intérieur de moi, de même que le ghee qui est caché dans le lait, T’est offerte comme le ghee au Feu sacré qui est le symbole de Ta volonté divine. Puissent Agni qui est Ta volonté divine, Indra, l’énergie, Somā, le nectar, Prajāpati, le roi des êtres créés, se rejoindre à l’intérieur de moi, afin que Tes grandes intentions se réalisent en moi ainsi que dans l’univers ».

Présentation à l’assistance d’une courte vidéo du Mahayajña conduit par Srī Tathāta en 2014
Selon la tradition, un Mahayajña a lieu lorsqu’un sage et les autorités temporelles d’un pays s’accordent sur la nécessité de rééquilibrer les forces de la nature et le mental humain. Le feu sacré symbolise la Présence divine qui habite tous les êtres de la Terre. Le Feu du yagashala devient, ainsi, « le nombril de l’univers », selon la formule que l’on trouve dans le Veda. Le Mahayajña génère une énergie spirituelle immense : l’énergie descend des plans supérieurs sur le plan terrestre. Combinés, la récitation des hymnes et les offrandes font naître une transformation matérielle et spirituelle qui se répand partout, en tout être, en toute chose.

Le principe d’unité d’intention est essentiel pour le succès du rituel, comme le rappelle le dernier hymne du Rig Veda.

RIG VEDA 10.191

āngirasah samvanana rsih | anustuptristubhau chandasī | agnih samjñānam ca devatā ||

1. sam-sam id yuvase vrsann agne viśvāny arya ā |

ilas pade sam ıdhyase sa no vasūny ā bhara ||

O Agni (Volonté Divine) qui réside dans chaque être créé et leur accorde selon leurs désirs, unis les tous.

Ta Présence resplendit au bon endroit lors du rituel. Puisses-tu nous accorder la prospérité.

2. sam gacchadhvam sam vadadhvam sam vo manāmsi jānatām |

devā bhāgam yathā pūrvë samjānānā upāsate ||

Avancez ensemble. Lorsque vous parlez les uns aux autres, que ce soit sans animosité. Conduisez-vous en percevant l’état d’esprit des autres. Ensemble, jouissez des richesses et des bonnes choses de la vie telles que Dieu vous les donne.

3. samāno mantrah samıtih samānī samānam manah saha cittam ësām |

samānam mantram abhi mantraye vah samānena vo havisā juhomi ||

Remplissez vos obligations et récitez vos mantras avec un esprit uni, que les résultats soient les mêmes pour tous. Que votre esprit intérieur et votre mental extérieur soient alignés. Puissé-je affiner vos mantras pour votre unité et votre méditation unie. Je fais l’offrande au feu pour vous tous.

4. samānī va ākūtih samānā hrdayāni vah |

samānam astu vo mano yathā vah susahāsati ||

Unissez votre force d’intention et qu’également vos émotions soient à l’unisson. Que vos esprits soient unis de façon à ce que vous puissiez vivre ensemble de façon heureuse et prospère.

La puja, rituel d’adoration

Historiquement, la puja est née autour de l’idée d’accueillir une divinitié ou une personne importante comme un invité qu’il convient d’honorer de la meilleure façon possible afin de recevoir, en retour, ses bénédictions.

En rendant hommage à la divinité, le rituel permet sa descente dans une image, une statue, un symbole la représentant, ou encore un élément de la nature (comme dans la puja au Gange). L’intention de prière, s’il y en a une, est exprimée à la fin du rituel. La puja est avant tout une pratique dévotionnelle.
C’est un moyen et un processus de transformation de la conscience du dévôt par sa fusion avec l’aspect de l’Absolu représenté par la divinité spécifique sur laquelle il focalise totalement sa pensée et son sentiment pendant l’adoration.

L’invocation est réalisée par le pujari, l’officiant. Une puja inclut généralement une offrande aux cinq éléments de la nature qui, dans leurs aspects subtils et denses, constituent le corps humain et président à ses fonctions. L’eau est offerte directement, le santal pour symboliser la terre, la flamme sacrée ou la lumière représente l’élément feu, l’encens symbolise l’air et les fleurs l’éther.

L’offrande de fleurs fraîches est accompagnée d’une récitation de mantras. Le darshan marque le point culminant du rite, lorsque la divinité manifeste sa présence à l’assistance.

Voici les 16 étapes qui sont classiquement réalisées dans la puja :

  • 1. Avahana. La déité est invitée du fond du coeur
  • 2. Asana. Il lui est offert un siège.
  • 3. Padya. Ses pieds sont lavés.
  • 4. L’eau est offerte pour laver sa tête et son corps.
  • 5. Arghya. L’eau est offerte pour que la divinité se lave la bouche.
  • 6. Snana ou Abhisekha. L’eau est offerte pour un bain symbolique.
  • 7. Vastra. La divinité est habillée.
  • 8. Upaveeda or Mangalsutra. Le cordon sacré lui est apposé.
  • 9. Anulepana or gandha. Parfum, bois de santal ou kumkum sont appliqués.
  • 10. Pushpa. Les fleurs sont offertes ou la guirlande de fleurs posée.
  • 11. Dhupa. L’encens est offert.
  • 12. Dipa or Aarti. La lumière est offerte.
  • 13. Naivedya. La nourriture comme le riz au lait, les fruits, le beurre clarifié, le miel, le sucre sont offerts.
  • 14. Namaskara or pranama. Prosternation de l’officiant et de toutes les personnes assitant à la puja.
  • 15. Parikrama or Pradakshina. circumambulation
  • 16. Clôture.

Par exemple, dans une forme de la Shodasha Puja, les premières offrandes sont faites avec l’intention que tous les êtres soient nourris, aient la santé, soient protégés, voient leurs besoins de base satisfaits, que tous aient le bonheur et l’abondance. A partir de l’offrande de l’upavita (cordon sacré), c’est plus subtil, on demande que la connexion au divin s’ouvre chez tous les êtres.

L’offrande de santal symbolise la descente de la divinité sur la terre et dans le coeur des hommes, celle du riz, la perfection dans la vie humaine et celle des fleurs, son épanouissement. L’offrande de l’encens est faite avec l’intention que nos sens puissent passer d’une jouissance grossière à une perception subtile de l’énergie qui habite toute chose.

La circumambulation qui clôture la puja nous rappelle de toujours garder à l’esprit que toute notre vie doit tourner autour de notre centre divin. Et le geste final d’offrir l’arati exprime le voeu que la splandeur divine se répande dans le monde.
Les 16 Samskāra, rites de passage d’un stade de la vie à un autre
Les samskāra sont des célébrations accomplies à des moments importants de la vie, qui marquent profondément l’être en créant en lui des impressions positives et durables et en éveillant en lui un intérêt pour la vérité et le dharma. Chaque période de la vie est considérée comme sacrée, de la conception à la mort. Le passage d’une étape à l’autre fait l’objet d’une célébration pour rappeler que la vie est un don divin qui doit être respecté et qu’elle doit être vécue en accord avec les lois universelles. Chaque âge de l’existence a en effet ses lois naturelles, son dharma particulier et les samskāra aident l’être humain à le ressentir et le vivre en conscience. Lors de ces célébrations, les aînés, les érudits, les parents, la famille et les proches sont réunis pour exprimer leurs bons voeux et leurs bénédictions à la personne concernée par le cérémonial.

  • 1. Garbhadhana pour la conception : les parents prient avec ferveur pour avoir une descendance.
  • 2. Punsavana pour la protection du foetus durant le 3ème ou 4ème mois de grossesse.
  • 3. Simantonnayana au 7ème mois de la grossesse, prières offertes pour le une bonne croissance physique et mentale du futur nouveau-né.
  • 4. Jatakarma au moment de la naissance pour une longue vie en bonne santé.
  • 5. Namakaran cérémonie où le nom de l’enfant est donné, 10 à 12 jours après la naissance.
  • 6. Nishkramana au 4ème mois après la naissance où l’enfant est amener à l’extérieur de la maison pour la première fois.
  • 7. Annaprasana durant le 6è, 7è ou 8è mois où l’enfant est nourri pour la première fois avec de la nourriture solide.
  • 8. Mundan en général à 1 an, cérémonie de rasage des cheveux, pour rappeler la pureté.
  • 9. Karnavedha à 3 ou 5 ans, cérémonie de perçage des oreilles pour honorer la beauté et aussi l’importance de l’écoute dans la tradition védique.
  • 10. Upanayana à 7 ans, cérémonie du cordon sacré, 2ème naissance avec la connaissance spirituelle, reconnexion du jeune mental avec l’esprit, l’enfant est introduit au maître spirituel pour recevoir l’enseignement, c’est le début du brahmacharya
  • 11. Vedarambha symbolise l’étude du Veda, est réalisé juste après l’upanayana ou un an après. Le maître spirituel enseigne à son jeune disciple le Gāyatrī mantra.
  • 12. Samavartana entre 21 et 25 ans, pour la fin des études et le retour dans le monde.
  • 13. Vivaha mariage
  • 14. Vanaprastha préparation au renoncement, engagement à faire des pratiques spirituelles.
  • 15. Sannyasa renoncement
  • 16. Antyesthi crémation

Conclusion

On peut dire, en résumé, que les rituels amènent non seulement de la conscience mais qu’ils éveillent aussi de l’amour et de la compassion dans le coeur des êtres humains.

Om taccham yorāvrnīmahe |
gātum yajñāya gātum yajñapataye |
daivī svastirastu nah |
svastirmānusebhyah |
ūrdhvam jigātu bhesajam |
sanno’stu dvipade sam catuspade ||
om sāntih sāntih sāntih ||

O Seigneur, nous prions pour le bonheur de tous les êtres
Puissions-nous être toujours en mesure de réciter les hymnes
au Seigneur pendant le yajña
Puissent les Dieux nous bénir avec l’abondance et la prospérité.
Puissent tous les humains être heureux !
Puissions-nous avoir quantité d’herbes médicinales pour que
nous ayons toujours la santé
Puissent tous les êtres à deux jambes être heureux, et tous les
êtres à quatre pattes être heureux aussi !
Puisse-t-il y avoir la Paix dans le coeur des êtres de tous les Mondes !

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